Voilà. Ça y est.
Le livre publié en anglais l’an dernier sous le titre The Perfume Lover, A Personal History of Scent, est dès aujourd’hui
disponible dans sa version française : Parfums,
une histoire intime, aux Presses de la Cité.
Une traduction
assurée par mes soins, puisque la traduction est tout de même mon métier. Ou plutôt
une réappropriation du texte qui m’a
permis de modifier certains passages lorsque mon opinion avait évolué entretemps,
et d’en peaufiner d’autres. Traduttore,
tradittore, disent les Italiens, et on n’est jamais mieux trahi que par
soi-même. Ce passage d’une langue à l’autre a subtilement modifié le ton, la
teneur de l’écriture.
Mais la
traduction a de toute façon fait partie de ce livre d’entrée de jeu. Si je l’ai
d’abord écrit en anglais parce que c’est un agent littéraire anglais qui m’a
sollicitée, j’y avais exprimé une pensée française.
C’est-à-dire un certain rapport culturel à la sensualité mais aussi au savoir –
jamais de philosophie sans boudoir, ou de boudoir sans philosophie.
Parfums,
une histoire intime relève de ce qu’on appelle en anglais
de la narrative non-fiction qui,
comme son nom l’indique, est une narration, mais pas une fiction. Un
livre-document raconté à la première personne, qui infléchit le reportage et
l’essai vers l’autobiographie. Là, pour le coup, c'est bien d'une influence anglo-saxonne qu'il s'agit: plus précisément des reportages gonzo des années 60/70 aux USA, héritage de mes débuts comme critique rock à Montréal en pleine époque punk. Donc d'une traduction vers le français d'un esprit nord-américain.
Un livre qui participe de plusieurs genres, donc impur. Comme son objet,
d’ailleurs – à la fois art et commerce, érotique et sacré, futile et lié à l’identité. Ce type d’écriture
se prête particulièrement bien au thème du parfum qui, s’il n’est pas
entièrement une question de subjectivité – il y a du savoir, et ce savoir peut
se transmettre – n’en reste pas moins d'autant plus intimement lié au sujet écrivant qu'il s'agit d'une création n'existant que pour être interprétée. Et la seule forme de parure qui nous pénètre par-delà la peau.
En cela, le
parfum correspond bien à l’un des définitions d’« intime » données
par le Littré : « Terme de physique et de chimie. Qui pénètre, agit dans l'intérieur des corps
et dans leurs molécules. » Intime, aussi bien, comme ce « qui est le plus au-dedans » : le livre développe le processus de création d’un parfum, vu de l’intérieur. Intime, enfin, comme
on le dit d’un journal… non pas celui d’un parfumeur, mais celui d’une
amoureuse du parfum.
Comme certains
d’entre vous le savent déjà, le fil rouge de Parfums,
une histoire intime, est l’histoire de la création de Séville à l’aube par Bertrand Duchaufour
pour L’Artisan Parfumeur. Un parfum né non d’une commande, mais d’un souvenir
de voyage que j’ai raconté à Bertrand. Il faut dire que cette nuit de
Semaine Sainte à Séville dans les bras d’un bel Andalou était particulièrement
odorante : fleur d’oranger, encens, cierges en cire d’abeille, eaux de
cologne de la foule, tabac blond…
Le livre et le
parfum se sont donc composés en même temps. Bertrand Duchaufour a accepté de me
dévoiler son processus de création avec une transparence inédite ;
mieux encore, de m’y faire participer tandis que j’en rédigeais la chronique.
Mais au fur et à
mesure de cette double écriture, d’autres récits se sont imposés. La création de Séville à l’aube m’a donc menée à
raconter ce qui, dans ma propre histoire, avait suscité cette histoire-là, ce parfum-là, cette situation: me retrouver dans le labo d'un parfumeur qui traduisait l'un de mes souvenirs en odeurs.
De là, j’ai rebondi sur toutes sortes d’autres questions, qui m’ont
permis d’ouvrir le champ sur l’histoire, la science, les créateurs…
Mini-essais, incursions dans les coulisses de l’industrie, rencontres – Serge
Lutens, Dominique Ropion, Annick Menardo, Christian Astuguevieille (Comme des
Garçons), Pamela Roberts et Marie Dumont (L’Artisan Parfumeur), Antoine Lie,
Mathilde Bijaoui, Isabelle Doyen… Et une incursion magique à Sainte-Blanche, le
domaine d’Edmond Roudnitska, où Séville à
l’aube a été produit….
Dans le monde
anglo-saxon, les amoureux du parfum empruntent souvent une image à Lewis
Carroll, pour dire qu’ils sont, comme Alice, « tombés dans le terrier du
lapin » lorsqu’ils sont entrés dans ce monde.Et c’est encore comme Alice que j’ai
« traversé le miroir » pour écrire Parfums, une histoire intime. J’espère que vous m’accompagnerez
dans ce voyage.
Et
maintenant, la bonne nouvelle : L’Artisan Parfumeur a eu l’amabilité de me
fournir un flacon de Séville à l’aube
à tirer au sort. Pour y participer, il vous suffit d’acheter le livre (ce que
vous pouvez faire sur Amazon en cliquant ici) et de laisser un commentaire. Le
gagnant devra me fournir une preuve d’achat. Veuillez noter toutefois que ce tirage au sort est exclusivement réservé aux personnes habitant en France. J'annoncerai le gagnant le 23 mai.